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À propos de GRENOUILLE
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À propos de GRENOUILLE

Dans l’appartement vide de son amour, Raphaëlle se retrouve seule face à la mort de sa compagne Myriam. Empêchée par sa belle famille qui lui refuse l’accès au corps, la possibilité de choisir et de se recueillir, Raphaëlle se retrouve impuissante. Emmurée dans son silence, la jeune femme remarque la présence d’une grenouille dans la pièce. Commence alors un long et doux moment de consolation entre elle et l’animal qui se fait réceptacle de sa douleur. Au contact de cette créature aux pouvoirs étonnants, Raphaëlle entre en connexion avec ces « êtres en attente de qualification », fantômes et souvenirs qui envahissent son quotidien.

COMPAGNIE DES HUMEURS MASSACRANTES

L’enjeu du deuil serait de faire disparaitre les morts, qu’ils laissent vivre les vivants. Mais alors, comment rendre compte des expériences individuelles qui traduisent la permanence de ce lien ?
VINCIANE DESPRET 

© Amaury Cornu

MISE EN SCÈNE
Grenouille appelle à un double mouvement : la réparation intime et la consolation collective. Par sa verve poétique et ses enjeux politiques, il aspire à un mouvement de catharsis chez le spectateur. Raphaëlle trouve en la grenouille, une adresse réparatrice qui est partagée avec le public. Pris à 360° dans cette fiction, il est invité à penser son propre rapport aux morts. Nous construisons un univers immersif qui nous plonge dans les pensées et les sensations de Raphaëlle  Le motif de l’eau est lié à la présence de la grenouille, animal symbolique de la résurrection qui s’impose au fil du texte comme un espoir pour Raphaëlle, une clef pour accéder au dialogue avec les morts. L’omniprésence du son dans le spectacle, et l’utilisation de fréquences parfois très basses ont pour objectifs de rendre les corps des spectateurs poreux. À travers le traitement du vide, nous fouillons les sensations qui habitent un corps en perdition. L’une des composantes principales de la consolation est le rapport à la sensualité. Raphaëlle déploie un parcours de désir amoureux, nourrit par les souvenirs du corps de Myriam. Elle dessine dans l’espace une cartographie de cet amour qui l’enveloppe et la transforme. Il s’agit de fragmenter le temps, de nous faire perdre nos repères pour nous faire accéder à nos sensations, à nos propres rêveries. Ainsi nous ouvrons des bulles temporelles qui nous font successivement plonger dans les rêves, la suspension ou l’accélération

© Amaury Cornu

LIGNE D’ÉCRITURE

Après avoir éprouvé le deuil de plusieurs manières, j’ai relevé une vraie faille dans la gestion des émotions qui l’accompagnent. Parler d’un mort, c’est sentir le malaise des autres, c’est ouvrir les vannes d’un des plus grands tabous de notre siècle qui se galvanise d’hyperactivité, de surabondance et de la croyance en l’immortalité. Ainsi, nous ne savons plus perdre, et nous cherchons à dissiper la tristesse par tous les moyens. Raphaëlle, ne cherche rien. Personnage en proie au vide, hors de contrôle, elle ne parvient même plus à nommer les choses. Le veut-elle encore ? Plongés dans ses pensées, nous parcourons les courbes de sa mémoire fragmentaire et désorganisée qui ne se laisse pas dompter par la raison. Jusqu’à l’arrivée d’une grenouille, qui va lui permettre de retrouver le chemin du souvenir et de l’événement traumatique. C’est bien ici l’histoire d’un processus qui ne consiste pas à faire son deuil mais plutôt à apprendre à vivre avec l’absence. Raphaëlle, à l’image d’Antigone, devient une vraie figure de lutte et de désobéissance face à la morale imposée. Elle ne peut pas pleurer. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce personnage cartésien ressent la présence des morts. Véritable communication ou puissance de l’imaginaire ? Le trouble s’installe.

EXTRAIT DE TEXTE

Myriam a grandi bien au-delà des murs de votre maison Madame. En elle, tout est devenu autre. Elle fumait, assise sur le rebord de la fenêtre avant de dormir et il me fallait supporter l’odeur du tabac froid qui envahissait nos draps. Nos draps. À la maison, chez nous, un vrai capharnaüm. Myriam était désorganisée, bornée, elle hurlait parfois tard le soir, elle n’était pas toujours juste et n’aimait pas son prochain. Elle critiquait les autres, et vous aussi pour votre manque d’audace et votre étroitesse d’esprit. Elle n’admirait rien en vous, et pourtant, son amour était sans limite. Elle se délectait de chaque souvenir de sa jeunesse, un immense nuage gorgé de larmes au-dessus de sa tête. Elle mangeait beaucoup, se saoulait au rhum tiédi presque tous les vendredis soir. Elle détestait les hommes qu’elle trouvait lâches et dépourvus de douceur. Elle portait des Dr. Martens et des jeans troués. Certains dimanches, imprévisible, elle se jetait sur ses pinceaux, à genoux, les cuisses écartées sur le sol, comme pour accoucher de sa plus belle œuvre, qu’elle détruisait au lever du jour. Celle qui exécrait le passé et ses attaches, s’était agrippée à moi un soir de février, le 28, jour qui sonne le mois le plus court de l’année. Elle m’a dit : “J’ai envie de te serrer contre moi, plus fort que ça.” J’ai souri, écarté les cuisses comme il a dû vous arriver Madame. L’orage était lancé. Je me suis laissée inondée par son amour, irradiée comme Eurydice. Et voici qu’il me faut, tout comme vous Madame, réapprendre à vivre.

Nous avons fait le choix de la musique électronique parce que nous voulons que la composition musicale ait des aires de fêtes, parfois de rave, en tout cas de grande célébration pour qu’elle puisse donner des pulsions de vie au personnage. Nous avons le désir de générer un grand soulèvement chez le personnage, celui de la révolte et de la célébration de la douleur.

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