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À propos de DÉMONS
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À propos de DÉMONS

PRÉSENTATION
J’aime vraiment ton visage de chair, de sang et d’âme…un morceau de chair qui grouille de vers, comme quand on soulève une pierre, tu sais… Bien que ça s’appelle vie…être vivant…ça bout, ça bat, ça a mille couleurs et ça éclaire très fort…Si tu restais inerte trois secondes, je serais perdue pendant plusieurs années… non, je le serais pendant tous mes temps libres… Je t’aime…t’aime, t’aime… de la façon la plus étrange et la plus belle… Au plus profond de moi, je suis prête… ici et maintenant et toujours… Je sais que je ne peux jamais l’exprimer et que tu ne peux jamais le comprendre… […] Je peux encore sentir le goût de l’homme que tu étais… je désire ce goût qui émanait de lui… je suis à nouveau éprise de lui… je suis à nouveau éprise de toi… non, plutôt amoureuse…[…] répète seulement ce que tu dis quand tu t’assieds sur le lit adossé au mur… maintenant on va prendre du temps, on va voyager, on va être ensemble cet été… tu ne vas pas travailler… nous allons… Et je continue à grandir au dessus de la mort...

Réplique de Katarina, scène VII

La pièce se déroule dans un appartement bourgeois, moderne. Frank et Katarina, mariés depuis neuf ans, y vivent. Frank vient de perdre sa mère. Ce décès va détériorer des rapports déjà conflictuels. Chaque mot va devenir pour l’un une occasion d’abîmer l’autre. Nous assistons à la naissance d’un amour destructeur et violent. Et comme pour mettre en scène leur drame ils vont avoir l’idée d’inviter deux témoins, leurs voisins, Jenna et Tomas.

NOTE DE MISE EN SCÈNE
Une écriture microscopique. Micro organique.
Qui me fait penser, théâtralement parlant, à ce que je ressens en lisant des textes de Henri Michaux. Il semble que la peau y soit extrêmement sensible et le moindre battement de paupière, significatif. Je me sens à la lecture de Démons littéralement collé à eux – aux deux couples – comme des insectes qui grouillent et qui pullulent. Comme si je tombais de très haut et sans cesse dans des corps ouverts ; je suis médecin légiste, mais c’est mon être entier qui sombre dans des organes brûlants.
Le réel est découpé, comme donné à la science. Et c’est sans doute aussi ce qui me fait
penser à Michaux. Comme un secret mathématique. Des vies sous vide ; un paradoxe : j’y vois des corps brulants mais aussi des corps froids, livides, mourants. Et une réalité au paroxysme.

Chaque idée coupe et chaque mot tranche. Les issues n’existent pas. On se connait trop bien. On est peut-être là depuis des siècles. Enfermés comme sous une plaque de verre. A s’aimer plus que d’amour : d’un amour cannibale. Et c’est sans doute ce huis clos qui les tue. Les secrets percent dans chaque mouvement, ils ne peuvent plus faire semblant, s’évader en trichant, ou fuir. Ils sont démons les uns pour les autres, possédés les uns par les autres. La parole se libère. La pièce avançant, on tombe dans le fantasme. De qui ? Le monde intérieur de quelqu’un parle. Le feu prend partout. Les peaux fondent. Et des êtres monstrueux se comprennent d’une manière considérable. D’une manière libérée de tout ce que le désir peut comporter de narcissisme.

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Et tout compte dans la pièce : le sèche cheveu, le canapé, les chaises, les chansons italiennes, les cendres, le peignoir, la robe blanche, la table en plastique, le téléphone, la poêle à omelettes, les bougies chauffantes, le tee shirt… Tout cet univers de confort bourgeois qui se fissure et craque, s’effondre et brûle. Je souhaite présenter cet intérieur le plus possible. Il fait vraiment partie du « jeu ». Il se délite comme les personnages. Ils lui font la guerre. Ville bombardée dont ils sont les bombes. Davantage même qu’un réalisme bourgeois, il s’agit de ce que je pourrais appeler un réalisme brutal. Comme si l’atmosphère était tranchante, corrosive.


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