Tous les enfants veulent faire comme les grands

Laurent Cazanave

Présentation

Tous les enfants veulent faire comme les grands de Laurent Cazanave
Date(s) : du 4 sep 2018 au 13 oct 2018
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
à 19h30
Durée : 1h15

Lui et elle se retrouvent pour un rendez-vous amoureux, ils vont s’embrasser pour la première fois. Ils sont deux corps qui se font face et qui se désirent, là pour faire entendre ce qu’on ne dit pas. Dans leur tête il y a des questions, des doutes et des pensées contradictoires qu’ils livreront à travers un long poème intérieur. Ils sont moi, ils sont vous, ils sont nous. Alors qu’autour d’eux le monde continue de tourner, le temps semble se suspendre à leurs lèvres le temps de ce premier baiser.

Informations sur le lieu

Salle Vicky Messica
Les Déchargeurs / Le Pôle
3, rue des Déchargeurs
RDC Fond Cour
75001 Paris

Distribution

Mise en scène :
Assistant mise en scène :

Production La Reine blanche / Les Déchargeurs, en accord avec Le Pôle diffusion et la compagnie La Passée

Avec le soutien du fonds d'insertion de l'Ecole du TNB et de l’Espace Bernard-Marie Koltès, scène conventionnée de Metz

Multimédia

Notes & extraits

NOTE D'ÉCRITURE
La poésie est la seule réalité. Ce que l’on nous vend comme réel n’existe pas. Claude Regy

Le point de départ de ce projet est avant tout un désir d’écrire pour les acteurs. Ecrire en entendant leur voix, leur langage et à travers eux faire ressortir la musicalité du texte. Ecrire pour les amener vers un registre différent du leur.
Ce long poème mêle des pensées intimes et des réflexions de la mémoire collective pour évoquer un sujet que pratiquement tout le monde a vécu, et qui reste un moment particulier de notre vie : le premier baiser. Je veux parler d’amour, de l’engagement et des questions que cela pose. Dans une société où la séduction est devenue presque banale, avec les films où l’on retrouve de grandes scènes de séduction et de beaux baisers de cinéma, les « téléréalités » où les couples se font et se défont avec une facilité déconcertante, je veux retrouver la pureté et la fragilité du premier baiser.

La naïveté et la candeur d’une écriture m’importent beaucoup, c’est pourquoi j’aime travailler autour des clichés, des idées reçues de notre société pour ensuite les rendre singulières et en faire des évènements uniques. C’est un moyen pour moi de mettre le spectateur, le lecteur au premier plan de l’action et de le rendre acteur du récit en s’appropriant une histoire qui a pu être la sienne. Il s’agit aussi de parler du désir. De l’envie qui précède le baiser et qui se mêle à la crainte de la réaction de l‘autre. Retrouver la pureté du sentiment et du désir amoureux et le détacher de tout ce qui aujourd’hui peut le rendre trivial et banal.
Je me suis inspiré de deux textes pour écrire le mien : Le Camion de Marguerite Duras et Dialogue en été de Peter Handke. Dire l’espace d’un instant ce qui n’est jamais dit, ce qui n’est jamais avoué. Il me fallait évoquer les sentiments, mais aussi les sensations, la chaleur qui peut nous étreindre ou au contraire le froid qui peut nous envahir au moment crucial. Une bulle de poésie au milieu du chaos de la vie.
Laurent Cazanave

EXTRAIT
Elle : JACQUES a dit embrasse-moi sur la joue
JACQUES a dit prends ma main
JACQUES a dit souris-moi
Embrasse-moi sur la bouche

Lui : Tu n’as pas dit “JACQUES a dit”

Il a l’air nerveux comme happé par le rêve qu’il vient de raconter. Son corps d’homme s’est transformé en corps d’enfant. Un petit garçon nerveux. Il sourit passe sa main dans ses cheveux.

Elle le regarde et lui sourit.

Il repose sa main sur son genou à elle. Sa main fait des allers-retours sur son genou en remontant jusque sur la cuisse d’un geste régulier et doux.

Elle : Tu es beau. Tu as le regard de ces petits garçons qui ont peur du noir. Ce regard de petit garçon qui ne veut pas dormir et qui essaie d’amadouer ses parents pour rester debout avec eux. Je ne te laisserai pas avoir ce regard d’enfant avec moi. Je ne suis pas une mère pour toi. Je ne veux pas en être une. Les femmes ne sont pas faites que pour être des mères. Plus aujourd’hui en tout cas. Je peux séduire aussi. La séduction n’est plus une exclusivité masculine. N’oublie pas ça. Embrasse-moi. Vis le moment présent. Embrasse-moi et oublie tes questions. Je ne suis plus de celles qui planifient. Je ne veux plus être de celles-là. La frileuse ne veut plus laisser place à la peur. Je ne sais pas si c’est le bon moment ou même si cela se décide ou encore si c’est possible. Peu importe. Regarde-moi. Remets ta main sur ma joue. Je veux ressentir cette chaleur. Laisse cette chaleur emplir mon corps. Quand cette chaleur aura envahi tout mon corps je me servirai de cette chaleur pour avoir le courage de poser mes lèvres sur les tiennes. Je ne pourrai pas te dire où cela va nous mener. Je poserai mes lèvres sur les tiennes. Sois en sûr. Je n’attendrai pas que tu te décides. Tu n’auras pas à prendre cette décision. Avais-tu prévu tout cela ?

Ne réponds pas. Je suis sûre que non. Moi-même je ne le pensais pas. La frileuse capable de ça ? La frileuse capable d’embrasser un garçon ? Capable de forcer la main à quelqu’un ? La Frileuse qui rassure ? Jamais avant je te le dis je ne l’aurais pensé. Pose ta main sur ma joue. Souris-moi. Laisse-moi faire. La Frileuse ne passera pas à côté de ce moment à cause des peurs d’un petit garçon capricieux. L’homme a peur de l’inconnu. Je suis une inconnue encore pour toi. Jusqu'à ce que mes lèvres frôlent les tiennes. Je ne suis encore qu’une inconnue. Tu m’as parlé, invitée, ramenée chez moi, emmenée au restaurant, offert des cadeaux, écris des messages, raconté un peu de toi mais rien ne nous lie. Je suis une inconnue. Comme l’obscurité te terrifiait quand enfant la lumière s’éteignait dans ta chambre. Je te fais peur. Tu ne connais pas mon goût. Le goût de mes lèvres, de ma peau, de mon cou. Tu connais mon parfum et ma voix, mon visage, mais pas mon goût. Laisse-moi partager ce goût avec toi. Je veux connaître le tien. Te donner le mien et garder le tien pour moi. Je créerai notre propre parfum. N’ai pas peur de ça.

Lui : Je n’ai pas peur

Elle : Ne le nie pas.