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À propos de PÉDAGOGIES DE L’ÉCHEC
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À propos de PÉDAGOGIES DE L’ÉCHEC

Pédagogies de l’échec répond à une interrogation quant à l’inscription parfois jusqu’à l’extrême du travail dans nos emplois du temps, dans nos existences. J’ai éprouvé ce sentiment violemment à plusieurs reprises, dans des institutions ou des entreprises où la question du rapport hiérarchique et de domination s’est posée de manière accrue, où j’ai travaillé sous les ordres d’une direction et où je dirigeais d’un autre coté une équipe importante. J’étais pris en étau dans une relation parfois passionnante, parfois douloureuse.

Pierre Notte

La supérieure : lâchez-moi
L’assistant de direction : c’est vous qui me tenez
La supérieure : on est au bord du précipice
L’assistant de direction : lâchez-moi ou je vous pousse
La supérieure : on tombera tous les deux
L’assistant de direction : je n’ai plus rien à perdre
La supérieure : moi non plus
L’assistant de direction : alors à quoi bon ?
La supérieure : à quoi bon quoi ?
L’assistant de direction: à quoi bon ne pas se jeter dans le vide – il n’y a plus que ça
La supérieure : à quoi bon se jeter dans le vide si on va par là

Pédagogies de l’échec, Pierre Notte

L’exercice du pouvoir est fascinant et complexe à observer et il me semble qu’il est systématiquement générateur de destruction. Les gens qui sauraient exercer le pouvoir sans qu’il soit nocif seraient d’ailleurs incapables d’envisager de l’obtenir. De même qu’il n’existe pas de famille sans violence, sans catastrophe et sans faille, il n’existe pas de pouvoir sans mise à mal. Le monde du travail peut-il échapper à la question du pouvoir ? L’étymologie du mot travail est d’ailleurs très parlante, puisqu’elle fait référence à la torture.
La pièce a été écrite en 2014 mais résonne différemment lorsque qu’on la relit aujourd’hui, après l’épisode pandémique dont on subit tous encore les conséquences dans nos vies quotidiennes. Tout notre rapport au monde, aux autres, au travail, et peut-être aussi à la hiérarchie ou à la hiérarchisation de nos priorités a été chamboulé.

Tous les systèmes ont quelque chose de dingue, non ?

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Pierre Notte a été journaliste, rédacteur en chef de la revue Théâtres et secrétaire général
de la Comédie-Française. Depuis 2009, il est auteur associé au Théâtre du Rond-Point.
Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres, il a reçu le prix Jeune Talent de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, le prix Émile-Augier décerné par l’Académie française, ainsi que le Publikumspreis du Blickwechsel à Karlsruhe, en Allemagne. Il a été nommé à trois reprises aux Molières dans la catégorie « auteur ». En 2012, il est lauréat de l’association Beaumarchais et il reçoit le soutien du Centre national du théâtre pour sa pièce Demain dès l’aube, mise en scène en 2015 par Noémie Rosenblatt.
En 2011, il fonde sa propre compagnie, Les gens qui tombent, dont les parrains sont Judith
Magre et Fernando Arrabal ; compagnie avec laquelle il a mis en scène plusieurs pièces :
Kalashnikov de Stéphane Guérin au Théâtre du Rond-Point, ainsi que ses textes Sur les
cendres, C’est Noël tant pis, Perdues dans Stockholm, La Chair des tristes culs et Sortir de sa mère
. Il joue également son seul en scène L’effort d’être spectateur depuis plusieurs années à travers la France. En mai 2021, il a présenté sa nouvelle création au Rond-Point : Je te pardonne (Harvey Weinstein).

Propos recueillis par L’avant-scène théâtre, in Pédagogie de l’échec, L’avant-scène théâtre n° 1384

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