Une femme seule

Dario Fo

Présentation

Une femme seule de Dario Fo
Date(s) : du 22 aoû 2011 au 19 déc 2011
Lundi
à 21h45
Durée : 1h00

« Madame ! Bonjour ! Depuis quand êtes-vous venue habiter en face de chez moi ? Je croyais que l’immeuble était vide ! »

Contrainte de supporter d’angoissantes présences masculines, réduite à cacher sa solitude derrière un fer à repasser et une radio retentissant à plein volume, Maria, femme au foyer enfermée chez elle par son mari, ouvre un jour la fenêtre… Une autre femme pourra-t-elle l’écouter ?

Informations sur le lieu

Salle Vicky Messica
Les Déchargeurs / Le Pôle
3, rue des Déchargeurs
RDC Fond Cour
75001 Paris

La presse en parle

Direct matin / 5 septembre 2011 / Xavier Fornerod
"une comédie grinçante où le burlesque et l’autodérision rendent attachante Gabriella Merloni"

La Voce / Septembre 2011 / Patrice Gaspari
"Pierangelo Summa nous donne ici une belle expression de son talent"

Distribution

Texte
publié aux éditions
Traduction
Mise en scène
Comédien(s)
Lumières
Costumes
Crédit Photo Visuel

Coréalisation Les Déchargeurs / I.Thalie

Avec le soutien de la Fnac, scèneweb, pixee, centre culturel italien, Italiance

Multimédia

Notes & extraits

Nous connaissons les contes du Moyen Âge français, les fabliaux, que presque toujours des affabulatrices très adroites répliquaient. Dans le Boccace ce sont les femmes qui tiennent le jeu du Décaméron […] : ce sont elles qui prennent la parole plus souvent que les hommes, pour le récit cyclique des nouvelles. Et presque toujours, les histoires racontées par ces demoiselles sont plus drôles et provocatrices, surtout sur le plan de l’érotisme, que celles des hommes.
Dans Une femme seule, comme dans le monologue de Nous avons toutes la même histoire, il y a […] la séquence d’une femme qui mime un rapport sexuel avec son homme. La femme se plaint de la fougue et du manque d’affection de son partenaire. Elle joue sa déception, une dispute explose… Ensuite, les deux se réconcilient et reprennent à faire l’amour. […] Il m’est arrivé d’assister en plusieurs occasions à la représentation du même monologue par beaucoup de comédiennes : anglaises, finlandaises, suédoises, françaises, allemandes, américaines… […] Entre elles, il y en avait quelqu’une […] qui jouait avec mesure et équilibre aussi ; mais la plupart forçaient les tons et, dans le souci de rester réels, on soulignait chaque geste par des accents d’un naturalisme plutôt désagréable. Elles pliaient les hanches, bondissant après avec le pubis, par des coups tout à fait capables d’écraser le sexe en bronze d’un des guerriers de Riace ; ou bien elles esquissaient, étendues sur le dos, des danses du ventre. […] Il n’est pas dit que le public ne s’amusait pas, mais les rires qui éclataient gâtaient soit la progression théâtrale soit la valeur du personnage. La tendresse, les sentiments délicats […] restaient au pied de la lettre fauchés par cette pantomime osée, pardon, victime d’une fessée. Ce n’est pas une question de pruderie. Je suis d’accord avec autant de femmes qui luttent pour qu’on se libère, une fois pour toutes, des stupides inhibitions sexuelles qu’on nous a inculquées pendant des années, mais j’y voudrais arriver toujours, même dans l’action de baisser mon caleçon, avec un minimum de style.

Dario Fo, Manuale minimo dell’attore, 1987-1997, Giulio Einaudi Editore

Il s’agit d’un conte de vie ordinaire, d’une fable du quotidien. Comme dans toute fable on retrouve une belle prisonnière, une cellule à l’intérieur d’un château impénétrable, un ogre, un prince charmant et, seul espoir, une fenêtre. Mais ici, la cellule est représentée par un appartement dans « l’immeuble d’en face », l’ogre par la stupidité, la jalousie et le machisme, et pour finir le prince charmant se révèle ne pas être si charmant que ça.
C’est au travers de cette fenêtre que nous sommes amenés à connaître le quotidien de notre héroïne ; parfois voyeurs, parfois témoins, amis solidaires de temps à autre.
J’ai voulu que, à la manière des mots d’un conte, les paroles de la femme seule prennent des chemins inattendus en explorant toujours avec légèreté les mésaventures, les drames du quotidien. Le récit glisse progressivement d’une distance presque méfiante à une participation forte et bouleversante qui guide le corps de la comédienne vers la libération finale. Ce sont les mots qui remplissent l’espace de leur imaginaire, et non les objets que j’ai choisis simples et fonctionnels.

Pierangelo Summa

Madame… Madame ! Bonjour !… Depuis quand êtes-vous venue habiter en face de chez moi ? Je n’ai même pas remarqué le déménagement… Non, je croyais que l’immeuble était vide. Je suis contente… (Presque hurlé.) Je disais que je suis contente… Vous ne m’entendez pas ? Vous avez raison… la radio ! Je l’éteins tout de suite… Excusez-moi, quand je suis seule à la maison, si je ne mets pas la radio à plein tube, j’ai envie de me pendre. Dans cette chambre… il y a en permanence un tourne-disques… Vous entendez aussi ?... Comme ça, dans chaque pièce où je vais, j’ai de la compagnie… Non, dans la chambre à coucher, non, il ne manquerait plus que ça ! Non, j’ai la télévision… toujours allumée ! Oui, à plein volume… En ce moment on transmet une messe, une messe chantée… en polonais… quelle langue ! Une vraie langue de papes ! On n’y comprend rien… Oui, j’aime aussi la musique classique… pourvu que ce soit de la musique… le bruit me tien compagnie… Et vous, avec quoi vous vous tenez compagnie ? Ah, un enfant ! Vous avez de la chance… Que je suis bête, moi aussi j’ai un enfant… et même deux. Excusez-moi, j’en ai oublié un, tant je suis émue de parler avec vous…

Un jour j’étais là… debout, nue… lui aussi était là, debout, nu, nous nous disions bonjour « Comme vas-tu ? Bien, et toi ? », la porte s’ouvre mon mari entre, tout habillé. J’ai dit : « Ah, c’est toi ? » … Il se met à crier comme un fou… Il voulait étrangler le garçon… En même temps il voulait m’étrangler, moi… Il n’y arrivait pas… Pourtant je collaborais, je l’aidais… Mais mon nez se mettait à respirer tout seul… J’ai un nez indépendant ! !... Je me sauve à la salle de bains, je m’enferme… Je prends une lame de rasoir qui se trouvait là et tsam, tsam, tsim, tsann… je me taillade toutes les veines que je trouve ! … Mais mon mari… Quand il m’a vue là avec tout ce sang… Rouge ! Car j’ai le sang très rouge… Il me fait : « Je ne veux plus te tuer, je t’emmène à l’hôpital ». Il m’a enroulée dans une belle couverture, pour ne pas salir sa voiture… Il m’a emmenée à l’hôpital… Et puis il m’a pardonné… Il a été très généreux. Mais depuis ce jour-là, il m’enferme à la maison… Oui c’est de la séquestration… Je sais bien que c’est illégal… La police ? mais c’est une obsession chez vous, d’appeler la police… Vous avez des parents gendarmes ?