Nature morte avec sexe d'ange

Maurici Macian-Colet

Les hommes de notre siècle, je vous dis, tiennent sérieusement des conversations avec leurs bites.

Présentation

Nature morte avec sexe d'ange de Maurici Macian-Colet
Date(s) : du 5 Jan 2016 au 13 fév 2016
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
à 21h00
Durée : 1h35

Un urologue blasé, une prostituée qui n’arrive pas à sourire, un homme sans sexe, un vendeur d’encyclopédies frustré et une jeune fille idiote. Abrutis par leur quotidien, ces cinq personnages incomplets s’entraînent les uns les autres dans les obscurs dédales de leurs désirs et se débattent à la recherche d’une révélation qui tarde à venir.

Informations sur le lieu

Salle Vicky Messica
Les Déchargeurs
3, rue des Déchargeurs
RDC Fond Cour
75001 Paris

La presse en parle

Pièce intrigante qui mérite d'être vue / Figaroscope

Une pièce atypique, bien jouée et menée rondement. Cette pièce est férocement drôle! / Théâtrauteurs

Une pièce très bien jouée / AuBalcon.fr

Distribution

Coréalisation Les Déchargeurs / Les Sbires Sibériens

Avec le soutien de :

Multimédia

Dossier de presse
Dossier de presse

Notes & extraits

Le projet Nature morte avec sexe d’ange est né en pleine Sibérie centrale. Nous voulions monter une pièce russe et nous avons écrit une pièce sur l’impuissance masculine.

Nous vivons une époque de réaction, de retour progressif et sournois aux vieux fantasmes qui dessinaient autrefois les relations humaines dans une certaine société. Ces réflexes conservateurs ne paraissent plus aujourd’hui déterminés par une logique historique. Cette évolution étonnante nous invite à nous poser beaucoup de questions sur la nature humaine, sur la difficulté à déraciner les complexes hérités et même sur notre capacité à supporter cette contradiction flagrante. Nous avons voulu nous emparer de cette problématique en déclinant en différentes situations extrêmes les formes que peut prendre cette tension entre instinct, conscience de soi et aspiration humaine à une quelconque transcendance individuelle ou sociale. Le résultat scénique est une véritable bataille, menée sans quartier et sans stratégie dans un paysage dévasté. Sur la carte où nous avons vu se dessiner les destins improbables, en rixe perpétuelle, de ce chœur de personnages gris, hommes et femmes confondus, nous prétendons ériger une fresque de l’homme qui agonise, de l’homme seul, abandonné à lui-même et donné en pâture à ses propres désirs, enfin, de l’homme qui ne peut plus.

En effet, s’il fallait résumer en une phrase le propos de notre spectacle, nous reprendrions la formule énoncée plus haut : Nature morte avec sexe d’ange parle de l’impuissance masculine. Le fantôme de l’impuissance traverse cette pièce de la même façon que la mort traverse une tragédie. Il sert de ligne de fuite pour confectionner un tableau vivant (ou mourant) de l’homme obsédé par l’homme. L’urologue, le vendeur raté du savoir universel et l’ange figurent autant de portraits déréglés et inachevés de l’homme et composent un triptyque dont les panneaux, rabattus, s’entreregardent malgré eux, se cherchant et se fuyant à la fois. Nature morte avec sexe d’ange se fonde sur un univers absolument masculin, adopte un point de vue masculin et place en même temps ce masculin sur la table d’opération.

Les femmes paraissent exclues de cet univers, car elles sont pratiquement privées de parole et, d’une certaine façon, elles ne sont que des incarnations forcées des fantasmes masculins (la prostituée et l’idiote : deux rôles qui s’avèrent faux, deux masques dans ce carnaval funèbre de la virilité). Paradoxalement, c’est chez les personnages féminins, quand l’étau qui les enserre se referme définitivement sur eux, qu’une forme tragique de résistance finit par tout faire éclater.

Maurici Macian-Colet

Mettre en scène la violence glaciale d’un tel univers demande, d’après nous, un parti pris distancé qui ménage le malaise du spectateur du drame, sans pour autant contraindre la sincérité de l’acteur. C’est à ce titre que nous avons opté pour dessiner cet univers à partir des principes symboliques de l’asepsie, en dépliant le petit monde de cette pièce sur le fond d’une obsession prophylactique toujours latente. Cette résistance à la menace de l’autre contraste ainsi avec une promiscuité qui n’a pas de relâche dans les préoccupations et les conflits des personnages et que la mise en scène n’évite aucunement. Bien au contraire, elle fond et confond sciemment comédiens et décors dans un unique espace de vie et de léthargie, d’exhibition et de secret, d’éclairage électrique et de poussière. Pour donner corps à cet univers contradictoire et agonique, le plastique isolant et sa transparence nous est apparu comme une évidence. Ce plastique bâtit le décor sobre de notre proposition et vient contaminer les accessoires et mêmes les acteurs, comme une couche transparente qui résiste à la menace du contact des corps mais derrière laquelle nul ne peut se cacher.

En dehors de ce choix plastique et corporel de mise en scène, la pièce elle-même insuffle sans cesse de l’air dans ce huis clos étouffant et sombre par l’effet d’une pure théâtralité. Elle déploie une dramaturgie complexe faite de situations parfois hilarantes, parfois insoutenables, le tout alambiqué dans une sorte de vaudeville détourné où les rencontres ne se produisent jamais. A cet égard, l’enjeu de la mise en scène est non seulement de mettre à distance les situations, mais aussi d’aborder la pièce comme une comédie à part entière. Face à ce carnaval de l’étrange, le public, armé pour ainsi dire de loupes et de gants, pourra mettre à distance la violence et la questionner - s’attaquer en somme à cette pièce troublante avec le pouls assuré avec lequel le chirurgien entre dans le bloc opératoire ou dans une salle d’autopsie.

Émilie Le Borgne et Maurici Macian-Colet

« DR. MILL Votre peur est complètement infondée : avoir des rapports sexuels hebdomadaires reste une marque tout à fait médiocre. Pour ce qui est de votre récent disfonctionnement érectile, nous avons là, effectivement, matière à inquiétude. Il pourrait s’agir d’un accident isolé, bien entendu, mais si le problème se reproduit, il faudra qu’on vous compte parmi la légion des impuissants. Avez-vous des problèmes de cœur, monsieur ?

LEVERT Avec les femmes ?

DR. MILL Avec votre cœur.

LEVERT Non.

DR. MILL Et votre père, en a-t-il eu ?

LEVERT Non.

DR. MILL Vos grands-pères ?

LEVERT Non.

DR. MILL Quelqu’un dans la famille ?

LEVERT L’un de mes oncles est mort d’un infarctus.

DR. MILL C’est ce que j’imaginais. Les cardiaques, on les reconnaît à leurs tremblements moites et à leur regard mou. Les solutions formelles que la médecine offre aux impuissants sont contre-indiquées pour les cardiaques. Si l’impuissance se déclare, il n’y aura donc rien à faire. Tout se joue dans vos prochaines performances érotiques, Monsieur Levert. Ayez ça en tête à tout moment et tâchez de soulever votre virilité, le moment venu. Revenez la semaine prochaine et nous ferons un suivi rigoureux. »