Kadaverde

Pascal Tédès

Les hommes sont le butin de la chasse des esprits, comme les rennes sont le butin de la chasse des hommes...

Présentation

Kadaverde de Pascal Tédès
Date(s) : du 25 nov 2014 au 20 déc 2014
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
à 19h
Durée : 1h30

Les hommes sont le butin de la chasse des esprits, comme les rennes sont le butin de la chasse des hommes... le monde des esprits est un monde d'affamés en quête perpétuelle de gibier humain.
Roberte Hamayon

Il s'était décidé, depuis le temps qu'on l'encourageait, lui l'auteur de théâtre. Fichtre buse ! Se lancer dans un roman cela lui paraissait une bien périlleuse aventure...
Mais un de ces matins maigres, où le ciel est au pince-maille, il rangea le manuscrit de moitié rédigé dans le tiroir du bas, en jurant que l'on ne l'y reprendrait pas. Mais avait-il mesuré les conséquences de cette sybarite allégeance? Abandonner des personnages dans le néant comme il l'avait fait, leur avenir jeté par-dessus bord... Quelle imprudence.... Alors ce fut la rébellion... Les protagonistes du livre décidèrent de lui livrer une guerre sans merci...

Informations sur le lieu

Salle Vicky Messica
Les Déchargeurs / Le Pôle
3, rue des Déchargeurs
RDC Fond Cour
75001 Paris

La presse en parle

Distribution

Coréalisation Les déchargeurs / Le Carambole Théâtre

Création au Théâtre des Forges Royales de Guérigny en mai 2014.
Le spectacle a bénéficié de l’aide à la création du CNT

Multimédia

Notes & extraits

Le mot de l'auteur

Il faut donner de la viande à l'écrivain, une nourriture pleine de sang, érailler le papier jusqu’à l’os, tailler dans le cru, le fer et la morsure...

L'encre est sèche, morte comme la pierre, va falloir délayer, en retirer tout le suc... Deux tiers d'insomnie, un tiers d'eau-de-vie et le reste c'est la fouaille, ce que l'on jette aux chiens après une battue. Ensuite ma foi, faut se retrousser les manches, le fier au menton, convoqué à la pitance une bande de crève-la-soif : misloquiers, ferrailleurs, histrions et porteurs de chandeliers.

Que cela prenne corps... Tremper ses bras dans la vase, le gouailleux, la bessière. On se prend la gorge dans une cédille, cela suppure, qu'importe ! La bouche est giboyeuse. On aiguise la moindre consonne comme un couteau de chasse, à planter bien profond dans le gras du mot.

Il est six heures dix du matin, je suis censé capter votre attention, vous expliquer les pourquoi, les comment. Qu'est-ce que j'en sais à vrai dire ? Si vous saviez à quel point c'est un exercice difficile, presque impossible pour un auteur...

Je n'ai que des sensations à partager et le désir de me mettre à l'ouvrage, pour sûr et même au plus vite... Je ne peux inventer la mise en scène de cette pièce qu'au fur et à mesure du travail, exactement comme je l'ai fait dans l'écriture. Oh bien sûr j'ai l'insolence de croire qu'elle aura sa raison d'être et qu'elle devra vaguenauder à travers quelques théâtres ici et là. Il est possible que je me trompe... Le texte est là, entre vos mains...

Ce sont les fondations, le socle... Enfoncé dans la terre comme les racines de mon imagination. Encore de la forfanterie allez-vous dire. Quelle que soit votre décision. C'est

assez effrayant d'écrire cela... je vous remercie de votre attention et m'excuse à l'avance de ne pas savoir m'y prendre autrement.

Il est plus tard sur ma montre, la nuit a glissé dans le verrou. Le jour fait office de poison. Il écuelle les restes de mes illusions... Alors restons-en là, ce fut un réel plaisir de partager une de mes nombreuses insomnies avec vous. Votre présence avait quelque chose de rassurant, moi qui ai toujours l'impression que la nuit je vole le temps aux morts...

Paul Tedes

Extrait

Retourner à la civilisation ?... Et qu’est- ce que la civilisation pour toi ?... Mais c’est ce que tu vois autour de toi... La gueusaille, les pouillardeux, la maraille... Hein, c’est ce qu’il en reste de ta civilisation... Les épouties, la panure, la mouée, les maladies répugnantes, tout le déglutis, les dents gâtées... le ciel peut-être par temps clair et si Dieu n’est pas regardant à la dépense... Et puis miracle, de temps à autre le beau monde nous offre la débraille, il nous permet de piocher dans la chair jusqu’à l’indigestion... Alors ma foi, pourquoi on se gênerait... Sinon, il faudrait confier ce gourbier aux gens de bonne éducation, mais qu’est-ce que les gens de bonne éducation viendraient faire dans des endroits pareils... À part tremper leur couteau dans de jeunes mirliflettes... Je suis sûre que celui que vous cherchez, c’est un biffard qui vient faire ses emplettes dans ce gourbier, comme l’autre tord-boyaux à Whitechapell avec les boulevardières...