la double inconstance

Marivaux

Présentation

la double inconstance de Marivaux
Date(s) : du 2 nov 2015 au 29 nov 2015
Lundi
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
Dimanche
à 20h
Durée : 1h45

Servitude volontaire.
Le Prince veut épouser Silvia. Il la fait enlever et la met sous la surveillance de Trivelin et de Flaminia. Silvia aime Arlequin. Elle ne veut pas se soumettre à la volonté du Prince. Se met alors en place un stratagème pour convaincre Silvia et Arlequin qu’ils ont intérêt à entrer dans le cercle du pouvoir. Le couple initial va-t-il se défaire ? D’autres couples vont-ils se former ?

Distribution

Production : Théâtre des Quartiers d’Ivry, Centre Dramatique National du Val-de-Marne avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Multimédia

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Notes & extraits

NOTE DU METTEUR EN SCÈNE

Avec Marivaux, il n’y a pas d’armes, pas de pistolets, d’épées, de poignards. Il n’y a ni meurtres, ni assassinats. Trivelin propose qu’on se débarrasse d’Arlequin, qu’on l’élimine, mais le Prince préfère intégrer ses sujets au système plutôt que de les soumettre par la violence physique. Et même si Silvia, révoltée contre l’injustice de sa séquestration, est prise d’une ardente colère qui va lui faire casser de la vaisselle, ou si Arlequin frappe Trivelin à coups de pieds et de gifles, ce n’est pas cela qui caractérise les rapports de pouvoir dans La Double Inconstance. Ce qui, ici, tisse la trame de l’intrigue, c’est les stratagèmes mis en œuvre pour convaincre l’autre, pour lui faire renoncer à ses convictions originelles et pour en faire un allié alors qu’il aurait pu être un adversaire. De cette manière, la lutte des classes est désamorcée.

C’est exactement ce qui se produit dans le monde néolibéral d’aujourd’hui. Pas besoin d’enfermer les dissidents dans des prisons. Il est plus efficace de les faire entrer dans les rouages, de les séduire avec des produits de consommation que l’on met à leur portée, de les convaincre qu’en se pliant aux règles établies ils pourront accéder au confort quotidien et dormir sur leurs deux oreilles. Et s’ils ne se soumettent pas aux règles du système, tant pis pour eux, c’est qu’ils n’ont pas fait ce qu’il fallait, c’est qu’ils sont fainéants, incompétents, idiots ou ignorants.

La Double Inconstance éclaire très habilement ce processus. Elle montre comment le Prince et ses acolytes vont dresser deux jeunes sauvages qui ont des qualités (énergie, jeunesse, beauté) utiles et nécessaires pour régénérer le pouvoir en place, et comment cette nouvelle génération finira par abandonner son esprit de rébellion pour prendre le pouvoir à son tour. Les personnes seront, tôt ou tard, remplacées, par la force des choses, mais le système, lui, va perdurer. Les têtes des dirigeants vont changer mais le passage de relais se sera fait sans que les fondements du pouvoir aient été ébranlés.

Ces personnes qui abandonnent leur naïve sincérité et leurs scrupules seront-elles plus heureuses après qu’avant d’avoir parcouru ce chemin initiatique qui les aura conduites vers la cour du Prince ? Vivront-elles mieux du fait d’avoir emprunté l’ascenseur social ? Ce qui est certain, c’est qu’elles auront perdu leur innocence, leur spontanéité juvénile, leur jovialité festive. Elles font maintenant, elles aussi, partie du milieu des stratèges qui privilégient le calcul, par rapport à l’expression ouverte des sentiments. Alors, de quel côté se trouve le bonheur ?

Cette problématique de la sincérité, en opposition avec le calcul qui vise le profit, est toujours au cœur des préoccupations et des œuvres de Marivaux, que ce soit dans ses pièces de théâtre (Les Sincères, La Fausse Suivante, Le Triomphe de l’amour, …) ou dans ses romans. Il en résulte que les pièces de Marivaux se terminent toujours par une interrogation plutôt que par un happy end conventionnel. Le final chez Marivaux laisse le spectateur perplexe. Qui a gagné, qui a perdu ? Ni les uns ni les autres, la vie a simplement suivi son cours.

Malgré ces concepts qui sont véhiculés dans La Double Inconstance et qui doivent, me semble-t-il, être mis en relief dans le spectacle, il n’en demeure pas moins que les personnages sont humains, plus qu’humains. Ils réagissent à la situation avec des sentiments sincères et profonds, ils évoluent dans leur vision de leur entourage, ils ne cessent de soupeser le pour et le contre. Ils ont de l’appétit, de l’humour, de l’énergie de vie, des ambitions voraces et en même temps ils sont fragiles. Ils s’émeuvent facilement, se vexent, se sentent blessés par des douleurs de l’âme. Ils peuvent aussi bien provoquer le rire que les larmes chez le spectateur, car chacun de nous peut se reconnaître, à un moment de sa vie, dans ce que vivent les personnages.

La Double Inconstance a été écrite pour la troupe italienne avec laquelle travaillait Marivaux. Je souhaite garder cet esprit italien dans l’esthétique et la mise en scène. Une société italienne des années 1970-80. D’abord habillés comme des gens du peuple, Silvia et Arlequin finiront dans des costumes des beaux quartiers, ceux dans lesquels se présentent les puissants.

Le décor est unique mais il évolue au fil du spectacle. Lieu fermé, bunker métallique mais richement meublé, au premier acte, l’espace devient un paradis écologique au deuxième, et un espace ouvert donnant sur la Cité Financière étincelante de ses lumières nocturnes au troisième acte.

Adel Hakim