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18H
           LE CAFÉ      LA CARTE      CONNEXION

18H

18h. Une cour pavée, Antoine, assis sur un muret m’attend. On se prépare pour ma première date au Théâtre des Déchargeurs.

On s’enfonce dans la cour pour franchir le seuil de la porte, le trac monte doucement.

On se dirige vers le fond du hall d’accueil où je me vois, en grand sur un écran. Un déroulé de dates défile : ce sont les miennes. C’est pour le mois de décembre, nous sommes en septembre. D’ici là, concentrons nous sur ce soir…

On ouvre la porte de la salle « La Bohème », celle où nous allons jouer. On descend les marches et on découvre un lieu plein d’âme ; une cave voûtée où l’on imagine les fantômes des artistes qui persistent à roder sur ces planches, à déverser leur amour, leur passion ; et ceux d’un public, le cœur en suspension, prêt à exploser d’émotion au moindre frémissement.

Je prend possession des lieux, essaye d’y ancrer mon énergie. J’installe le matériel qui m’aidera à voyager et faire voyager. On commence les balances. Après quelques difficultés pour s’acclimater, nous sommes enfin prêts. Joe arrive, pour s’installer lui aussi. C’est la première fois qu’il va jouer ses chansons, seul en scène. Il me remercie de l’inviter, et continue ses balances.

L’heure tourne vite, le spectacle est prévu à 21h, il est 20h30. On se dirige vers les loges, pour se concentrer. Je fais les cents pas, comme toujours. Le trac est à son paroxysme. J’enfile mon costume de scène (je suis en combinaison spatiale, j’incarne un vagabond de l’espace qui cherche une nouvelle planète pour s’y réfugier…). Joe lui, porte une chemise à jabot blanche, il me dit qu’il va faire son premier « Opéra comique seul en scène », il a même prévu un masque…

On entend le public s’installer. Joe va pouvoir attaquer dans quelques minutes.

Il ouvre le rideau et entonne « La Donna é Mobile » de Verdi, moi je souris. Il joue son set qui dure 30 minutes, un mélange de poésie, d’humour saupoudrée de trap, d’électro et d’organique. D’une digne lignée de Philippe Katerine. Moi derrière je frétille, je tourne, comme un tigre en cage…

Les applaudissement retentissent, Joe vient de terminer, soulagé et heureux. C’est à moi.

J’entre sur les planches, enfile ma guitare, vérifie les machines, contrôle les boutons et les potards, lancement. J’ouvre sur « Le Tigre », le vaisseau vient de décoller, j’espère que le public aussi. J’enchaîne mes chansons. J’aime cet univers, cet endroit, je peux discerner les sourires et les pupilles. C’est si intime. Il faut chaud.

J’arrive à La Folia, la chanson où je commence en chant/guitare, doucement. Je sens que les souffles, les regards, le temps s’arrêtent. Je sens qu’ils sont avec moi, qu’ils m’ont rejoint dans cet univers, dans mon univers. Quelle joie, quelle communion !

Je termine mon set sur « Rentrer » que je fais durer, c’est une chanson d’amour impossible. Sur le pont, je remercie le public, Antoine et son assistant au son et Lou qui m’a invitée pour jouer dans cette salle qui vibre. Le son s’arrête, les lumières s’éveillent. Les plus proches sont là, ils ont aimé. J’ai aimé. Ils s’en vont, je vais les voir, nous refaisons le spectacle.

Ensuite, nous rangerons le matériel, remettrons la salle en ordre et nous partirons. Nous quitterons ces fantômes pour les retrouver avec plaisir et amour, tout le mois de décembre, pour sept soirs.

Etienne Détré

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