Monsieur Kraus et la politique

Gonçalo M. Tavares

Présentation

Monsieur Kraus et la politique de Gonçalo M. Tavares
Date(s) : du 1 mar 2011 au 9 avr 2011
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
à 20h00
Durée : 1h15

« Ce qui importe n'est pas ce que nous apportons, mais ce que nous mettons à mort » Karl Kraus

Le Chef est seul dans son cabinet. Enfin tranquille. Ému, stupéfait par lui-même ! Lui qui n'avait jamais pensé au peuple avant d'être Chef ! A présent toutes ses pensées sont absorbées par lui, par le peuple, dont il ignore tout. Soudain des cris, là-bas, tout au fond. Les ennuis viennent toujours de là-bas tout au fond. Il faudra éliminer cette partie du fond du bâtiment. Les voilà : les Assesseurs. Ils poussent des cris d'effroi. Il se passe quelque chose de grave...

Première adaptation en France de ce texte écrit en hommage à Karl Kraus, célèbre satiriste viennois (1874 -1936).

Informations sur le lieu

Salle Vicky Messica
Les Déchargeurs
3, rue des Déchargeurs
RDC Fond Cour
75001 Paris

La presse en parle

LUSO JORNAL / C'est un spectacle à ne pas rater. Par le texte merveilleusement bien écrit, par la mise en scène très fantaisiste et par le jeu d'acteurs...C'est aussi un spectacle drôle.

MARIANNE / C’est cinglant et drôle, caustique et pertinent, grotesque et dévastateur, comme si Pierre Dac narrait la dernière université d’été du Medef. La mise en scène de Violetta Wowczak est efficace et les acteurs sont plus vrais que nature.

Distribution

Coréalisation Les Déchargeurs / Cie Violetta Wowczak

Multimédia

Notes & extraits

Karl Kraus a inlassablement attaqué un mal auquel nous sommes exposés plus que jamais : la manipulation par le discours, le mensonge et la corruption de la langue, signe de la corruption de la pensée et du sentiment. Contre cette agression, il a forgé des armes terriblement efficaces et montré comment s’en servir. Son oeuvre reste, comme le dit Elias Canetti, une « école de résistance ».

Jacques Bouveresse, Professeur au Collège de France.

J’ai rencontré Monsieur Kraus et la politique de Gonçalo M. Tavares au hasard de mes flâneries en librairie. J’ai ouvert le livre sur place, comme on le fait tous pour « y jeter un oeil ». Je n’en suis pas sortie avant d’en avoir lu le dernier mot, littéralement conquise par ce mélange de poésie littéraire et d’humour caustique où l’absurde règne en maître. Dès cette première lecture l’impact du verbe de Gonçalo M. Tavares a éveillé mon instinct de metteur en scène. De toute urgence je devais donner corps et voix à ce texte complètement absurde et criant de lucidité.
Pour imposer la fantaisie et la pertinence de l’auteur, l’adaptation a préservé la distance qu’il prend avec toute réalité pour encore mieux la révéler. Les personnages et leurs discours sont restés fictifs. On rit tant ils sont grotesques mais on rit très jaune, très amer, très cramoisi tant ils nous renvoient à notre propre réalité.
A force de lecture et de relecture, à force d’entendre ces mots absurdes si effrayants de justesse, prononcés par des personnages grotesques, monstrueux, dangereux, en costumes trois pièces et en charge des plus hautes affaires de l’état, la grinçante pertinence irrespectueuse du dadaïsme s’est confortablement installée dans ma réflexion. Un mélange insolite entre l’image cinématographique de l’expressionnisme allemand et la peinture Dada, en particulier celle de George Grosz.
On dit de l’Expressionnisme qu’il s’oppose à la réceptivité passive de l’artiste sur le réel. Avec cette adaptation scénique de Monsieur Kraus et la politique, j’espère stimuler celle du public afin que les mots de Tavares y laissent autant d’impacts d’obus qu’ils en ont laissé dans mon esprit. Pour que, au bout du compte, le spectateur se sente plus vivant.

Le Chef : Dans le fond, l’idée, c’est de transmettre le message suivant : tout ce qui ne se voit pas, c’est nous qui l’avons fait.
Premier Assesseur : Parfait, c’est exactement ça.
Le Chef : Parce que, s’agissant de ce qui se voit, il y a toujours des contestations : ça c’est moi qui l’ai fait, ça c’est quelqu’un d’autre, etc. On sait bien comment sont les gens.
Second Assesseur : Les gens…
Le Chef : Comme ça on est tranquille. On ne s’expose pas à la critique.
Second Assesseur : Tout à fait.
Premier Assesseur : On peut dire : regardez autour de vous, regardez attentivement autour de vous : tout ce qui ne se voit pas, c’est nous qui l’avons fait !
Le Chef : Mieux. On peut même dire : tout ce qui ne se voit pas, avant nous, n’existait pas.
Second Assesseur : Excellent.
Premier Assesseur : Grand Slogan !